mardi 12 mai 2009, par Benoît
C’est vendredi 1er mai, que Jacques HINET s’est élancé vers un défi qui lui trottait dans la tête depuis quelque temps, vers une journée de travail bien particulière. 24h à tourner sur un anneau de 1340m pour aller au bout de son rêve, son rêve d’être Champion de France, son rêve de sélection...
Quelques jours après, les jambes raidies par cette course contre la montre (Champion de France avec 240,229km) il revient pour nous raconter les différentes étapes qui l’ont conduit à la réalisation de cet objectif.

— Le point de départ :
"C’est lors d’une discussion avec Philippe HAYER, mon entraîneur, que j’ai pris la décision de participer aux 24h de Séné. J’ai aussi annoncé la distance de 240km car je me sentais capable de la réaliser, même si c’était ma première participation. Je savais que je pouvais compter sur Philippe qui me ferait partager son expérience du 24h puis il impliqua Dominique PROVOST, sélectionné cinq fois en équipe de France avec un record de 245km réalisé à Séné. J’ai pu m’apercevoir rapidement qu’une équipe venait de se former et que tout le monde prenait cela au sérieux.
Je n’attendais pas forcément grand chose en me lançant dans cette aventure, mais le fait d’avoir annoncé 240km avait déclenché des ambitions dans la nouvelle équipe : le titre, une sélection pourquoi pas !
— La préparation :
En ce qui concerne l’entraînement, une semaine type était constituée de 2 séances par jour : 2 à 3 heures le matin et idem l’après midi, courues souvent sur un parcours de 1200m, ou des sorties VTT de 2h30 à 3h sans oublier le gainage avec de la musculation légère. Ces séances étaient effectuées tôt le matin et le soir pour ne pas empiéter sur mon travail et concilier au mieux ma vie de famille (marié et père de 3 enfants).
Deux semaines avant l’épreuve nous nous sommes retrouvés autour d’une bonne table au Campanile avec Philippe, Nathalie attendant un heureux événement, Dominique, Brigitte son épouse et Fabienne ma femme. C’est lors de ce repas que le briefing de course s’est fait : allure, alimentation, tenue, météo, force et faiblesse des concurrents... Je m’imprégnais des expériences de chacun : Philippe, entraîneur de haut niveau, Dominique et Nathalie, coureurs déjà sélectionnés en équipe de France, et Brigitte qui connaissait mieux que quiconque le soutien logistique du coureur, notamment lors des passages dans la zone de ravitaillement.
Jacques meneur d’allure au Marathon de Paris
Après un entraînement sérieux et de précieux conseils, la dernière semaine pouvait être abordée sereinement. Elle fut consacrée à la récupération et je me suis laissé aller à une alimentation un peu plus riche. Mais plus l’épreuve approchait plus mes nuits étaient agitées : je pensais a l’épreuve !!
— Le jour J :
Le départ est donné à 10h. Avec Dominique nous entamons les premiers tours en respectant le plan de Philippe. Au fur et à mesure des tours Dominique me donne ses dernières consignes, me présente les spécialistes des 24h. Très vite, on lui fait remarquer qu’il est venu avec son poulain car mon numéro de dossard (n°4) ne laisse personne indifférent et mes ambitions sont rapidement comprises par certains concurrents.

Le premier tiers de la course se passe bien mentalement et physiquement, je me suis mis dans une bulle, je suis concentré et ne parle à personne sauf à mon équipe. Le passage du 100ème km se fait au bout de 9h00 de course et me place à la deuxième position. Le deuxième tiers est plus difficile car je suis victime de problèmes gastriques : j’ai mal géré mon alimentation dans les premières heures en avalant trop de sucré. Cette erreur me fait reculer dans le classement jusqu’à la sixième position. Vers 23h et après 11h de course, mon équipe décide de prendre les choses en main : je me change avec des vêtements secs et chauds après une bonne friction à la serviette. Ensuite je m’alimente avec du chaud et du salé pour me donner de l’énergie et me réchauffer car j’ai froid (purée jambon mouliné,soupe vermicelles, café). C’est vers minuit que je me sens vraiment mieux et que je commence tranquillement à remonter dans le classement. Je ne regarde plus les chronos, je cours, j’enchaîne les tours et petit à petit je reprends confiance.
A la 20ème heure, je me situe à la troisième place et je commence à réaliser que je peux atteindre mon rêve. Cependant, je m’inquiète des concurrents spécialistes qui me poursuivent. Toujours vigilant, je mets tout en œuvre pour aller chercher le titre. Les conseils de Dominique sur les autres concurrents (allure, forme…) me sont précieux et me donnent confiance. Deux heures avant la fin de la course je remonte à la première place, mais il reste mon deuxième objectif, les 240 km à atteindre. Encore une fois, Dominique me booste pour atteindre cette distance sans oublier Philippe qui donne aussi de précieux conseils par téléphone.
24ème heure : la fin est heureuse, je pose ma cale en bois qui permet de mesurer la distance exacte, l’objectif est atteint.
— La délivrance :
Cette épreuve m’a permis de réaliser un rêve : être champion de France et peut-être porter le maillot tricolore. C’est une belle récompense et une grande fierté pour moi et ma famille après toutes ces heures d’entraînement et cet investissement. Cela m’a permis de vivre un moment formidable avec tous ceux qui m’ont soutenus avant et pendant l’épreuve. Merci à mes enfants, ma femme, Dominique, Brigitte, Philippe, Nathalie et tous mes amis du club et du monde de la course à pied."